"Éparpillé". Voila l'éthymologie de "Peulh" ou foul/ful. "Foulbe" comme s'appellent les peuls eux-mêmes, sont ceux qui appartiennent
au peuple éparpillé. Il y a de ça, en effet. Quand je considère la Gambie d'où est parti l'ancêtre paternel, et la Chine ou les US ou se trouvent quelques cousins, indubitablement, nous portons
bien notre nom.
Drôle de Peuple, correspondant à de nombreux groupes peu ou prou structurés, la structuration sociale des nommades n'étant pas leur
trait remarquable, on ne peut dire que ce soit non plus la langue qui les determine. Certains peuples non ful parlent le fulani, et certains peuls assimilés ne le parlent plus. 8 millions
serait leur nombre.
Qualifiés d'oreilles rouges au même titre que les berbères et les blancs par les autres peuples d'Afrique Noire, ils se distinguent
en peuls nomades et sédentaires.
Les "rouges", nomades, vouent une adoration particulière à la vache. La robe de l'animal, la forme de ses cornes et les métaphores
et expressions métonymiques qui s'y rapportent, bénéficient d'un riche lexique pour en décliner toutes les subtilités. Le sous-groupe Bororo, le plus "médiatisé", si l'on peut dire, est
endogame; les Bororo sont donc les peuls les plus purs. Bien qu'islamisés, ils ont gardé leurs croyances animistes et sont profondément pacifistes.
Les peuls sédentaires en revanche, plus foncés, métissés avec d'autres d'Afrique Noire, ont longtemps résisté à l'islamisation, mais
une fois convertis, se sont livrés à un prosélytisme violent, et c'est à eux que les arabes doivent les appuis les plus sûrs lors de l'islamisation de l'Afrque sub-saharienne.
Cette violence n'a pas ajouté à leur popularité, déja peu reluisante, dans la savane. Leur teint clair, leurs orgines nomades, leurs
tabous alimentaires, leur langue complexe et leurs traits sémites en font les "juifs" d'Afrique. Ils se retrouvent soupçonnés de ruse, de malignité et d'autres traits plus utiles à des nomades
circonspects qu'à des sédentaires suspicieux.
A ce peuple pastoral, aux origines encore plus mystérieuses que celles des Touareg, on a attribué pour acêtres tour à tour les
Hindous, les Juifs, les Roumains, les Bohémiens, les Iraniens, les Égyptiens et les Éthiopiens.
La dernière hypothese étant la plus vraisemblable. Les Peulhs viendraient de pasteurs sémites qui, après s'être installés en Égypte
puis en Éthiopie, émigrèrent vers le Sud Est en traversant le Sahara. On retrouve dans les fresques du Hoggar de la période des pasteurs de bovidés (vers 3500 avant J. C.) le passage d'une
ethnie, dont les femmes ont des coiffures en cimier comme on en trouve encore aujourd'hui chez les Peul.
Le souci de la beauté, chez les Peulhs, se situe particulièrement dans les arts éphémères de la parure, de la coiffure, du
maquillage, de la mode, et de l'élégance du geste et de la parole. D'ailleurs, la beauté des hommes et des femmes Peul est réputée dans toute l'Afrique occidentale, et leurs coiffures et bijoux
- en particulier les chevillères - très prisés. Le rapport particulier au lait a donné lieu à de nombreux décors sur calebasses et toute une symbolique autour. Ces calebasses offertes par
centaines aux mariages, remplies de grains, patisseries, fromage sec, etc, sont marquées du sceau de la famille figurant également sur le bétail. Les femmes peulhes conservent leur nom de
famille, même mariées.
La légende dit que le peuple Bororo est issu d'une soeur et d'un frère qui s'aimaient tant, qui se
trouvaient si beaux, qu'ils ont refusé de se marier à d'autres, sont partis et se sont unis pour créer une descendance à leur image. "Rouges", au blanc de l'oeil éclatant, au nez droit, aux
dents parfaites, aux attaches fines, aux cheveux longs et aux manières distinguées. Ce sont les Bororo qui pratiquent le rituel de la danse des hommes paradant maquillés, pour démontrer leur
beauté, leur endurance et leur force aux femmes qui les choisissent. Des fêtes concours sont organisées ou les hommes se mesurent en beauté (voir : fête du guerewol).
Madalena Sow
La guerewol chez les Mbororos
Les Peuhls Mbororos sont traditionnellement des éleveurs nomades et des marchands, dont les migrations les mènent du sud
du Niger, au nord du
Nigeria, dans le nord-est du Cameroun, au sud-ouest du Tchad et les r้gions occidentales de la République
Centrafricaine.
Une fois l'an, à la fin de la saison des pluies, quand la terre est gorgée d'eau et les pâturages assez abondants pour
supporter un grand nombre de troupeaux et d'hommes, se présente l'unique occasion de se rencontrer pour ce peuple dispersé. En cette circonstance, les éleveurs nomades échangent nouvelles
et ragots, se lient d'amitié. C'est aussi le temps de la séduction, la principale opportunité qu'ont les jeunes dans l'année de s'adonner aux danses érotiques et rencontrer
l'amour.
Durant les six jours et les six nuits de la Guerewol, les Mbororos oublient dans l'ivresse de la fête qu'ils sont un peuple en
sursis. Pendant toute l'année, les jeunes Mbororos attendent la cérémonie de la Guerewol. Cette grande fête de la pluie dure six jours et six nuits. Chaque clan familial, représenté par ses
plus beaux danseurs, s'affronte dans un concours de beauté pour hommes dont le jury est constitué par les plus belles filles nubiles de la tribu. Leur beauté passe par un rictus large
découvrant leur belle dentition blanche et leurs yeux doivent rester grands ouverts, laissant ainsi voir le blanc. Ce qui est étonnant, c'est cette faculté de les faire rouler, converger,
effectuer d'étranges mouvements allant du ciel vers la terre, largement aidés par la bendore, une puissante drogue hallucinogène. Au terme de cette danse, les couples se forment.
Les danseurs confectionnent eux-mêmes leur tenue. Ils passent un pagne de femme ou, plus récemment les robes de femmes venant des
surplus d'Europe. Dans le dos pend une chaîne ou un ruban, le barbol. Ils arborent leurs colliers de perles et de coquillages, leurs amulettes. Ainsi, ces rudes pasteurs sont poussés par le
culte de leur beauté à féminiser leur aspect. Les femmes n'échappent pas à cet élan narcissique. Les jeunes filles, parées d'innombrables bracelets, se préparent aux rites de la séduction.
Après la danse, elles choisiront celui qui, pour une nuit ou pour la vie, partagera sa couche.
En plus des parures élaborées dont elles sont revêtues, les jeunes femmes Mbororos ornent leurs jambes d'anneaux de bronze
superposés et astiqués avec de la boue et du sable. Ces atours étaient, jadis, portés jusqu'au deuxième enfant. Les femmes mariées qui assistent aux cérémonies de la Guerewol font parfois
preuve d'une grande liberté de choix et il leur arrive de disparaître avec un beau danseur.
Les canons de beauté sont stricts mais n'interdisent pas une certaine hardiesse dans le choix des parures, tel qu'une calebasse sur
la tête ou des lunettes de soleil ultramodernes.
Marinou
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