Je ne résiste pas, en ce début d'année, à l'idée de vous montrer et de vous partager le bonheur d'habiter un petit coin de paradis. Paradis, tout simplement parce que c'est beau. Le
coin est beau, la nature est belle !
A l'ulpan où j'apprends l'hébreu de manière intensive, je croise bien sûr tous les "holim hadashim", ces nouveaux arrivants de tous les coins du monde qui viennent s'installer en "Eretz Israël",
mais aussi des juifs messianiques, des chrétiens orthodoxes éthiopiens, de ceux qui ont, entre autre, la garde du St Sépulcre, ou de simples touristes à long terme.
A Abu Gosh où il m'arrive d'aller me ressourcer, c'est tout ce que compte Israël de chrétiens francophones qui se retrouvent régulièrement en ces lieux chargés d'histoire et de prières. Certains
sont en poste à Jérusalem, d'autres à Bethléhem.
Ce qui me plaît bien en ce pays, c'est la possibilité de faire un tas de rencontres, avec des juifs israéliens bien sûr, mais aussi avec des palestiniens, des chrétiens, des musulmans.
Je profite donc d'un petit reportage du "Courrier
International" d'octobre 2007 pour vous emmener à Ein Karem, lieu de naissance de St Jean Baptiste, et lieu de la Visitation entre Marie et Elisabeth.
"Des clochers, une source coulant en abondance, des montagnes boisées et un panorama à couper le souffle. Non, ce n’est
pas Lausanne, mais un vieux village des faubourgs de Jérusalem, dont les murs regorgent de trésors cachés.
Imaginez un petit village
entouré de montagnes verdoyantes, des clochers, une source, une merveille à chaque coin de rue et des restaurants de style européen. Imaginez des trésors perdus que certains espèrent découvrir un
jour ou l’autre, touchés par la grâce. Imaginez un village jadis visité par des généraux britanniques, des aristocrates européens, et même par le pape. Non, vous ne rêvez pas ! Cet endroit
existe. Il se trouve à deux pas de Jérusalem. Ein Kerem, c’est le meilleur de l’étranger à Jérusalem.
Pour visiter ce faubourg occidental de Jérusalem, il suffit de prendre sa voiture, de traverser le village et de se garer
(gratuitement) soit dans le parking aménagé en haut de la route, soit à proximité de la source, au cœur du village. Du centre du village, il faut remonter vers le nord par un chemin étroit qui
mène à l’église Saint-Jean-Baptiste. Remarquez les deux mains gravées dans la pierre sur le porche de l’église, chacune tenant un rameau. L’une symbolise Jésus crucifié, l’autre la main de saint
François d’Assise, fondateur de l’ordre des Franciscains, qui est chargé de la protection des Lieux Saints pour le compte du Vatican.
Bien que cette église n’ait été édifiée qu’au XVIIe siècle, on peut deviner sous ses fondations les restes d’un temple dédié à
Aphrodite (ou Vénus), ainsi que les ruines d’une église byzantine et croisée. En 1939, lorsqu’un bataillon de fusiliers britanniques prit possession des lieux [au plus fort de la révolte arabe
contre le projet sioniste], un des canons provoqua l’affaissement du sol, ce qui permit de découvrir des restes de mosaïques, des inscriptions, ainsi qu’une statue d’Aphrodite.
Pour plus de 1
milliard de chrétiens, Ein Kerem est le lieu de naissance de Jean, l’un des messagers de la révélation chrétienne. Selon la tradition chrétienne, son père, Zacharie (ou Zekharia), était un prêtre
du Second Temple, et sa mère, Elisabeth (ou Elisheva), était la petite-fille de Matan, un prêtre issu de la lignée d’Aaron, et ils vivaient à Ein Kerem.
A l’intérieur de l’église se dresse une abside impressionnante, orientée vers l’est, qui abrite les statues de Zacharie et
d’Elisabeth. A gauche de l’abside, on distingue une petite crypte où serait né Jean-Baptiste – toujours selon la tradition chrétienne. Sur certaines des peintures qui ornent les murs de la
crypte, on peut le reconnaître à sa barbe, à ses vêtements (en peau de chèvre) et à son bâton orné d’un serpent. Pendant des siècles, à une époque où le commun des mortels ne savait ni lire ni
écrire, le christianisme s’adressa ainsi à ses fidèles par le biais de peintures ou d’icônes.
.../...
Quittons l’église Saint-Jean-Baptiste et allons vers le couvent des Sœurs-de-Notre-Dame-de-Sion, à cinq minutes. Au milieu du XIXe
siècle, un juif converti au christianisme, Alphonse Ratisbonne, s’installa à Jérusalem. Il y laissa de nombreuses traces, comme le monastère de Ratisbonne (à côté du vieil immeuble Betzalel) et
l’église des Sœurs-de-Notre-Dame-de-Sion, dans la vieille ville de Jérusalem. Ratisbonne, fondateur de la congrégation des Sœurs de Notre-Dame-de-Sion, dut user de la ruse pour acquérir les
terres nécessaires à l’édification du couvent et contourner le droit ottoman, qui interdisait la vente de terres à des non-musulmans. A gauche du sentier, on peut encore voir sa modeste demeure,
entourée de cèdres âgés de plus de 130 ans.
Continuons vers la
pension et profitons de la vue impressionnante sur les collines de Judée. En hiver, on peut voir l’eau bouillonner derrière le fameux barrage d’Ein Kerem. Au cours des hivers les plus pluvieux,
il arrive que les eaux débordent du barrage pour déferler en un torrent impétueux. Quelques mètres plus bas, on arrive au modeste cimetière du couvent où Ratisbonne est enterré. Sur sa tombe se
dresse une statue de la Vierge Marie où est gravée la phrase : “O Marie, souviens-toi de ton enfant, délicieux
et adorable triomphe de ton amour.”
Sur le site, on trouve même un sarcophage de l’époque du Second Temple [construit en 515 av. J.-C., il a été détruit en 70]. La
vue vers le sud est à couper le souffle. On découvre aussi la tour de l’église de la Visitation, ainsi que l’église orthodoxe russe, dont la construction, qui a débuté en 1905 et a été
interrompue pendant près d’un siècle, vient seulement d’être terminée.
En sortant du couvent vers la droite et en reprenant la rue principale, on peut bifurquer vers la source d’Ein Kerem. Selon la
tradition chrétienne, c’est ici que Marie, mère de Jésus, aurait rencontré sa cousine Elisabeth alors qu’elles étaient toutes deux enceintes ...
En continuant vers le
sud, on grimpe vers l’impressionnante église de la Visitation. Si vous demandez l’autorisation d’accéder au clocher et que vous avez de la chance, ne ratez pas les peintures spectaculaires
décorant les murs ; sur l’un d’eux, une mosaïque porte une prière du Nouveau Testament traduite en plus de quarante langues. Depuis là-haut, vous pourrez jouir d’un panorama splendide, avec une
vue imprenable sur la vallée du Sorek, de sa source jusqu’à son embouchure, à Palmahim [au sud de Tel-Aviv ; selon la tradition juive, le Sorek séparait les Hébreux et les
Philistins].
La visite est maintenant terminée. Il n’y a plus qu’à retourner vers le centre du village, où la balade a commencé. Jusqu’en 1948,
Ein Kerem fut un village arabe. Pendant la guerre d’Indépendance [1948], les habitants arabes de ce faubourg de Jérusalem abandonnèrent leurs foyers. Certains traversèrent le Jourdain, tandis que
la plupart trouvèrent refuge à Bethléem. .../...
Mais
terminons par une petite histoire d’amour. Dans les années 1930, la ville de Jérusalem se passionna pour une histoire d’amour qui avait pour théâtre les ruelles d’Ein Kerem. Les protagonistes
étaient – comment aurait-il pu en être autrement ? – un Arabe chrétien d’Ein Kerem, Jabra, et une juive de Mahané Yehuda [quartier populaire de Jérusalem-Ouest], Allegra. Inutile de vous faire un
dessin sur l’opposition des deux familles à cette idylle. Mais l’amour eut le dernier mot, et les amoureux se marièrent. Comme dans un film turc, le père d’Allegra répudia sa fille et observa la
shiv’a [deuil de sept jours], tandis que Jabra fut interdit de séjour à Ein Kerem. Allegra se convertit par la suite au christianisme et se consacra à l’éducation et à la charité. Jabra, quant à
lui, fit carrière dans le commerce et devint le principal fournisseur de viande de l’armée britannique. En définitive, les deux amoureux revinrent à Ein Kerem et vécurent dans une maison, que
l’on surnomme depuis lors en arabe et en hébreu “la maison de la juive”.
Texte de Ron Peled Yediot Aharonot"
Source Dessins Haya White
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