Eglise -Foi - Gayté

Jeudi 6 août 2009

Le mensuel "Le Monde des Religions" consacre son numéro d'été au sexe dans les textes sacrés, et se penche notamment sur le traitement de l'homosexualité. Entre condamnation, hypocrisie, et quelques rares évolutions positives ...

 

 

Dans son numéro d'été, Le Monde des Religions consacre "une enquête sur l'homosexualité", intitulée "condamner l'acte, pas les personnes". Mais l'article en question constate que "si l'interdit doctrinaire prédomine encore, certaines branches progressistes relancent le débat et ouvrent leurs communautés aux gays et aux lesbiennes". De quoi chambouler certains catholiques fervents ! 

Ce qui n'empêche pas  Le Monde des Religions de souligner que "pour le monothéïsmes issus de la révélation abrahamique - judaïsme, christianisme, islam - et pour le bouddhisme, le rejet de l'homosexualité a toujours été, au cours des siècles, un terrain d'œcuménisme commode". 

"Une abomination"



L'article rappelle, qu'à l'origine, la condamnation de l'homosexualité dans le judaïsme et le christianisme s'appuie sur deux textes du
Lévitique 18-20, un pan du code de la Sainteté rédigé au Ve siècle  avant notre ère : "Tu ne coucheras pas avec un homme comme on couche avec une femme, ce serait une abomination" (18, 22) ; "Quand un homme couche avec un homme comme on couche avec une femme (...) ils seront mis à mort" (20, 13). 

Le texte qui fonde véritablement l'homophobie chrétienne est le récit de la destruction des villes pécheresses de Sodome (qui donnera les termes "sodomites" et "sodomie") et Gomorrhe (Genèse 19). Le Monde des Religions raconte : "Cet épisode biblique, dont l'interprétation est discutée, relate l'arrivée à Sodome de deux hommes, envoyés de Dieu, à qui Loth, frère ou neveu d'Abraham, offre refuge pour la nuit". Ce qui déclenchera la colère de la population ... Voilà pour les interdits des origines, actualisés au Moyen-âge par les spécialistes de la théologie morale, notamment saint Thomas d'Aquin, qui jugèrent alors l'homosexualité "contre nature".


"Homosexualité répandue dans les monastères"

 

En 2008, c'est le pape Benoît 16 qui en rajoute une couche en dénonçant la confusion des genres sexuels, qui conduit selon lui à "l'auto-émancipation de l'homme de la Création et du Créateur". "L'homme vit ainsi contre la Vérité, contre l'Esprit créateur", déplorait-il. C'était juste après le refus du Vatican de s'associer à l'appel lancé par 66 pays pour la dépénalisation universelle de l'homosexualité ...

Le Monde des Religions
en profite pour rappeler que cette homosexualité est "pourtant répandue et tolérée dans le clergé chrétien, au sein des monastères et des séminaires. Un secret de Polichinelle que la virulence des condamnations de l'institution ne parvient pas à occulter : par peur du scandale, l'Eglise reste aujourd'hui prisonnière de cette contradiction".


Commentaire du père Jacques, 77 ans, qui vit avec son compagnon depuis quarante ans : "J'ai mis vingt ans à en parler librement. Mais je sais toute la liberté de conscience que m'a donnée ma situation, c'est le plus important des messages du Christ. Prônée par les Evangiles, elle a été confisquée par les clercs, des hommes qui vivent en dehors du travail et de la sexualité, et qui décident pourtant pour tout le monde, vous trouvez ça normal ?" Bah, nous, non !
(Source)

Le Monde des Religions n°36, numéro double juillet-août, 6€.

 

Par Mathieu
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Mardi 4 août 2009

Vu sur le blog "D.ieu nous aime"


"En France, il y a quelques semaines encore, la librairie La Procure, librairie religieuse et notamment chrétienne, proposait en librairie et sur son site Internet, le livre "Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence" de Olivier Touron et Laurent Catherine, qu'elle présentait en ces termes :



"Les militants des Sœurs de la Perpétuelle indulgence luttent contre l'homophobie et promeuvent la prévention dans la lutte contre le sida et les MST. Cet ouvrage présente leur travail, notamment au travers des ressourcements que sont les séjours où se retrouvent des personnes touchées ou concernées par le sida. Ces séjours sont un espace privilégié de parole et d'échange".



Jusque là, rien d’extraordinaire. 
Mais c’était sans compter sur les catholiques intégristes et leur lobbying homophobe.



Le site catholique intégriste et d’extrême droite E-Deo avait conseillé que "Pour que ce scandale cesse, contactons avec courtoisie et fermeté La Procure (ne pas hésiter non plus à les appeler au 01 45 48 20 25) et demandons-lui de retirer de la vente ces torchons".



La librairie La Procure aurait répondu à ces intégristes homophobes que la mise en vente en ligne et en librairie du livre "Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence", était "une erreur", et a retiré l’ouvrage de la vente.



Heureux de leur succès les homophobes de E-Deo veulent aller plus loin, et faire supprimer de la vente par La Procure, tous les livres traitant de l’homosexualité, des couples homosexuels, de l’homoparentalité.



E-Deo déclare après la suppression à la vente du livre "Les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence", "Et Papa gay de Pascal Pellegrino, c'est une "erreur"? Restez père : comment ils concilient paternité et homosexualité de Christian Krumb, c'est aussi une "erreur"? Et Le manifeste lesbien de Pauline Londeix? Ces ouvrages homosexuels militants n'ont rien à faire dans "la librairie de référence pour le christianisme"!" 
Les intégristes homophobes de E-Deo poursuivent menaçants, "Ou alors, nous ne pourrons plus venir faire nos achats chez eux et serons contraints de propager l'information partout autour de nous (de vive voix, par Facebook, par des fora...) Pas terrible pour leur image! Notre mobilisation a déjà permis le retrait des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, transformons l'essai!"


Lire la suite ici ...


Par Mathieu
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Jeudi 30 juillet 2009

L’homosexualité n’en finit pas de provoquer crises et remous dans l’Eglise anglicane. Depuis la nomination en 2003 dans le New Hampshire de Gene Robinson, un évêque ouvertement gay, la rupture est proche entre les Anglicans britanniques et les Episcopaliens américains. Elle s’est encore rapprochée depuis que la possibilité pour des homosexuels de devenir pasteurs a été décidée par la conférence des évêques anglicans il y a quelques semaines. Même Rowan Williams, l’archevêque de Canterbury, s’en est ému hier dans une interview, s’inquiétant que cette possibilité d’ordonner des religieux homosexuels puisse rapidement conduire à une scission définitive entre les deux branches de son Eglise.

 

Menés par le primat du Nigeria, 300 évêques conservateurs menacent l'unité anglicane. Leurs griefs ? Les prétendues "dérives libérales" de ses dirigeants occidentaux

 

"La division des anglicans est l'événement le plus important de l'histoire du christianisme depuis Vatican II", alerte le sociologue des religions Odon Vallet . En cinq cents ans d'anglicanisme, on n'avait en effet jamais vu ça. A quelques jours de la grande Conférence de Lambeth (16 juillet-3 août) qui réunit tous les dix ans en Angleterre l'ensemble des prélats de la Communion anglicane venus de 38 provinces à travers le monde, 300 évêques ont tenu à Jérusalem un "conseil de guerre" pour dénoncer l'autorité de l'archevêque de Canterbury et annoncer la création d'une Eglise dissidente, avec son propre clergé et ses séminaires. Objectif affiché des rebelles, qui ont pour la plupart décidé de boycotter le synode de Lambeth, symbole de l'union anglicane : lutter contre le "déclin spirituel" de l'anglicanisme et la politique libérale de ses dirigeants officiels. La crise couvait depuis 2003, quand l'Eglise épiscopalienne (l'Eglise anglicane des Etats-Unis) a consacré un homme divorcé et homosexuel militant, Gene Robinson, évêque du New Hampshire. Pour les représentants des communautés du Sud, notamment d'Afrique, cette ordination épiscopale est inacceptable.


Une "attaque de Satan contre l'Eglise de Dieu", dénoncent les plus virulents. Influencés par l'extraordinaire poussée des évangéliques protestants et motivés par la concurrence de l'islam, ces traditionalistes, obsédés par les questions de moeurs sexuelles et le strict respect des Ecritures, n'ont dès lors cessé de reprocher son laxisme, voire sa "compromission" à l'archevêque de Canterbury, Rowan Williams, qui a toujours refusé de mettre l'Eglise épiscopalienne au ban de la Communion en raison de son option pro-gay.

 

Fan des Simpson qu'il regarde avec son fils, comme de Dostoïevski sur lequel il a écrit un essai de 900 pages, ce Gallois de 57 ans, modéré, a toujours cherché à concilier les différentes tendances de son Eglise. L'exacte antinomie du belliqueux Mgr Peter Akinola, primat du Nigeria et chef de file des conservateurs. "Si la Bible dit que l'homosexualité est une perversion, c'est une perversion", fulmine celui-ci. Selon ce rigoriste, les Eglises qui acceptent l'ordination d'homosexuels (Etats-Unis, Canada et Angleterre) ont trahi l'Evangile et l'avenir de l'anglicanisme ne doit plus dépendre d'elles.
 

Car derrière les querelles sur l'homosexualité ou l'accession des femmes à l'épiscopat, autre sujet épineux qui doit être rediscuté à Lambeth, c'est bien le leadership historique anglo-saxon qui est remis en question.


"L'Eglise anglicane évolue vers une réalité postcoloniale dans laquelle l'archevêque de Canterbury n'est plus le seul arbitre de la foi anglicane", précise le communiqué final des dissidents de Jérusalem. "Laccusation de colonialisme est tout à fait spécieuse, estime pour sa part Nick Baines, l'évêque de Croydon. Le danger viendrait plutôt d'un colonialisme à l'envers de la part des provinces du Sud." Une allusion à la montée en puissance de ces Eglises qui représentent près de la moitié des 80 millions de fidèles anglicans et connaissent le plus fort taux de progression. Le clivage n'est pourtant pas simplement géographique.


Au sein même de l'Eglise d'Angleterre, franges conservatrice et libérale se déchirent. 1 300 ecclésiastiques pourraient mettre à exécution leur menace de quitter l'institution après l'acceptation de l'ordination de femmes évêques lundi dernier. Mgr Michael Nazir-Ali, évêque de Rochester, a lui-même annoncé qu'il ne se rendrait pas à la Conférence de Lambeth. Aux Etats-Unis également, pour échapper au contrôle de leur propre Eglise dont elles refusent l'évolution morale, quelques dizaines de paroisses épiscopaliennes sont allées jusqu'à se placer sous l'autorité des Eglises anglicanes du Nigeria, du Rwanda, du Kenya ou de l'Ouganda !

 

Par Mathieu
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Vendredi 3 juillet 2009

Une association qui organise des réunions de prière pour les jeunes qualifie l’homosexualité de "maladie" sur internet.


L’association catholique "Déjeune qui prie", au sein de laquelle des jeunes Valaisans se réunissent pour prier depuis 1997, a publié sur son site internet l’intégralité d’un texte décrivant l’homosexualité comme une "terrible et douloureuse maladie" et "une des déviances les plus dures à rectifier".


Destiné à venir en aide aux jeunes homosexuels, le texte indique que l’homosexualité n’est pas "incurable". Pour Jean-Paul Guisan, théologien et secrétaire romand de l’association gay Pink Cross, les jeunes homosexuels sont précisément ceux qui souffrent le plus de ce genre de considérations.

"Ces déclarations ne vont pas forcément attiser la haine des mouvements homophobes, précise-t-il. Mais elles font beaucoup de mal aux jeunes homosexuels qui entendent dire autour d’eux qu’ils vont contre la volonté de Dieu."
 

Le débat n’est pourtant pas nouveau. "Ce n’est pas la première fois qu’un mouvement religieux propose une guérison à l’homosexualité, regrette Jean-Paul Guisan. Le 17 mai, les jeunes UDC valaisans avaient aussi publié un communiqué pour condamner les pratiques homosexuelles." Pour l’heure, Pink Cross ne compte pas porter plainte.
 

Appelés lundi par "20 minutes", ni l’auteur du site ni les autorités ecclésiastiques n’étaient joignables.

(Source : 20 minutes) 




Tout simplement navrant ... Mais bon, cela fait suite à une recension d'un vieux (du siècle dernier) bouquin de Daniel-Ange. On ne peut pas s'attendre à mieux.

Par Mathieu
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Lundi 25 mai 2009



Sur le forum de DUEC, je lisais ceci il y a quelque temps :
 ... deux questions fondamentales : celle de l'aspiration spirituelle la plus totale et celle des aspirations de la chair. Alors que penser? Il y a deux possibilités : la première consiste à dire que les deux aspirations sont antagonistes et que l'une - la première - doit triompher de l'autre. Mais c'est un peu la formule "qui veut faire l'ange fait la bête", car c'est nier la nature humaine qui est la nôtre. La seconde envisage la possibilité de concilier ce qui semble a priori inconciliable: peut-on avoir une haute exigence spirituelle et être homo, voire vivre son homosexualité en couple ? L'avantage de la première c'est qu'elle est claire et trace une voie toute tracée mais une voie volontariste qui peut nous faire beaucoup de mal malgré les meilleures intentions du monde. L'avantage de la seconde c'est qu'elle ouvre une voie non tracée, une voie qu'il nous faut tracer nous-même avec l'aide de Dieu, mais c'est l'aventure ! aussi les risques existent et il ne faut pas les nier, mais la vie d'un chrétien est celle qui va vers l'aventure et la quête. Quête pour soi mais aussi quête pour les autres, car les chemins que l'on invente sont aussi chemins pour les autres. Aucune expérience n'est que pour soi.


Tout cela pose en fait une VRAIE question, et c'est peut-être vers cette autre question que je souhaiterais orienter le débat, puisque débat il y a. Je constate depuis longtemps déjà que beaucoup d'homos ont ou ont eu des aspirations religieuses voire monastiques. Que beaucoup y ont renoncé et souvent le regrettent. En même temps, ils savent qu'ils n'auraient pas tenu le coup dans une communauté monastique. Du coup, ils vivotent dans une existence qui ne leur convient pas complètement en regrettant ce qui ne leur aurait pas convenu...

N'y a-t-il pas de voie médiane? N'y a-t-il précisément pas là une voie à tracer, un chemin à ouvrir?

Je pense qu'il y a dans les interrogations de F., matière à méditer pour nous tous. F. pose une vraie bonne question. Le tout est de tenter d'y apporter une réponse qui ne rejette pas dos à dos les opinions.

Comment mener de front les exigences de la vie religieuse dans notre vie quotidienne d'hommes et de femmes marqués en notre chair par l'homosexualité ?

L'Eglise ne propose rien. A nous de savoir inventer !!!

 

Par Mathieu
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Mercredi 20 mai 2009


En cette fête de l'Ascension qui nous rappele que nous sommes faits pour les réalités du Ciel, et que le Christ y prépare chacune de nos places, je trouve interressant de relire cette méditation du Frère Foerster, o.p.
D'autant plus que nous nous situons dans le temps, quelques jours juste après la journée mondiale contre l'homophobie et toutes ses dérives d'exclusions. Quelle chemin possible pour un chrétien désireux de vivre sa vie en conformité avec la Parole de Dieu :


« 
À quel moment, demandait un rabbin à ses étudiants, peut-on dire que la nuit est terminée et que le jour a commencé ? Un étudiant suggère : est-ce le moment où l’on distingue un agneau d’un chien ? Non, dit le rabbin, ce n’est pas cela. Est-ce au moment où l’on voit la différence entre un olivier et un figuier ? demande un autre étudiant. Pas davantage, dit le rabbin ; c’est au moment où, levant les yeux sur un visage que vous n’avez jamais vu, vous reconnaissez en cet étranger un frère, une sœur. Jusqu’à cet instant, quelle que soit la clarté du jour, il a toujours fait nuit ». (Tradition juive)

 

 

Que j’éveille l’aurore ! C’est le cri enthousiaste du psalmiste dans les psaumes 56 et 107. Que j’éveille l’aurore ! C’est le cri d’un désir infini, celui de faire naître le jour après la longueur de la nuit. C’est la capacité de l’homme à prier et à chanter dès avant le lever du soleil les louanges de Dieu. Mais, au sens propre du terme, il faut être le créateur pour éveiller l’aurore ; et voilà que l’homme en fait son projet à lui ! C’est fort : il y a quelque chose d’une puissance créatrice infinie dans ces quelques mots, et c’est dans la bouche d’un être humain ! Le monde peut basculer des ténèbres à la lumière du jour, et c’est entre les mains de l’homme, s’il le veut ! C’est à la portée de son regard…

 

L’aurore, c’est le soleil qui fait son apparition, c’est la lumière qui prend possession du monde, c’est comme une naissance après le calme ou l’angoisse de la nuit. L’aurore, c’est tout à la fois le matin de la résurrection, quand les ténèbres de la mort sont repoussées ; et c’est aussi l’Annonciation quand, dans la fraîcheur du matin, l’ange dit à Marie qu’elle va enfanter le salut du monde. L’aurore, c’est quand Marie dit oui à cette annonce : alors un monde nouveau peut naître, là où le monde ancien s’en est allé ! L’aurore, dans l’histoire de la tradition juive que nous avons lue en commençant, c’est quand mes yeux se lèvent sur le visage d’un homme, d’une femme, et que j’y reconnais le visage de mon frère, de ma sœur !

 

Il y a quelque chose de l’aurore dans l’expérience que fait la petite Bernadette du regard de la Vierge sur elle ; elle dit au sujet d’une des apparitions, en parlant de Marie : « Elle m’a regardée comme une personne ».

Quand on a souffert un jour du regard des autres sur soi, on comprend au plus profond de soi ce que cela signifie comme naissance, comme renaissance, que le regard de quelqu’un qui vous reconnaît pour ce que vous êtes.
 

 

Dans l’histoire de Bernadette, on est frappé par le regard que les gens portent sur elle, sur son père, sur sa famille entière. La famille de Bernadette est une famille de gens pauvres et illettrés. Son père François, après avoir dû quitter le moulin, travaille pour un salaire moins élevé que le prix de location d’un cheval ou d’un mulet… Alors vous imaginez comment on peut les regarder de haut, les membres de cette famille ! Peut-être même pas les regarder du tout et détourner le regard… Alors, cela a du poids, ce regard de Marie sur la petite Bernadette : « Elle m’a regardée comme une personne ».

 

Le père au chômage, la famille Soubirous ira habiter le cachot, parce que plus personne ne veut d’eux ailleurs ! Parce que la famille vit dans la misère, on accusera à la légère le père d’être un voleur : le voilà en prison ; il en sortira assez vite, lavé de tout soupçon, mais la réputation des Soubirous est salie. Et c’est le genre d’étiquette qui vous colle à la peau longtemps, toujours peut-être même.

 

Plus tard, avec les apparitions, non seulement Bernadette essuiera les regards de mépris liés à la condition modeste de sa famille, ou les regards de supériorité des adultes par rapport à la pauvre petite fille qu’elle est, mais surtout les regards soupçonneux de ceux qui la pensent folle ou menteuse avec toutes ces histoires d’apparition ;

 

et voilà qu’elle sent se poser sur elle des yeux qui la regardent avec respect, sans préjugé. Alors on comprend la clarté douce de cette parole d’aurore dans la vie de la petite fille regardée par tous comme une moins que rien : « Elle m’a regardée comme une personne ». Pour sûr, c’est une parole de révélation, d’apparition. À Lourdes, une apparition peut en cacher une autre et, dans cet épisode merveilleux, il y comme trois apparitions : celle de Marie à Bernadette, celle de la lumière de Dieu dans les yeux de Marie, celle de la personnalité de Bernadette qui émerge grâce à ce regard et à cette lumière.



 

Cette expérience de Bernadette est évangélique, car c’est cela l’Évangile : laisser l’autre advenir comme une aurore qui se lève ; sans porter de jugement, laisser le soleil intérieur que l’autre porte en soi naître et se révéler au grand jour. L’Évangile, c’est tenir compte des autres. Et le vivre comme une chance, pas comme une peur. Si nous en avions le temps, il faudrait relire ensemble tout l’Évangile, et découvrir les regards de Jésus sur ceux et celles dont il croise la route. C’est à partir de ce moment fort de la vie de Bernadette que j’aimerais évoquer le regard. Nos regards. Du regard que nous portons les uns sur les autres. Du regard avec lequel nous regardons. Du regard avec lequel les autres nous regardent. C’est important, le regard et nous savons bien que la plupart du temps, ce qui nous fait souffrir vraiment, c’est le regard des autres sur nous ; les regards d’envie, de mépris, d’incompréhension, de jalousie, d’exclusion. Rien que par le regard, nous savons être des sources de souffrance les uns pour les autres. C’est un vrai lieu de péché, le regard, quand il est porteur de mort.




 

Je voudrais vous raconter deux histoires bibliques de chemin. Deux chemins sur lesquels a jailli une lumière telle qu’elle a changé le regard de ceux qui y marchaient, et toute leur vie avec. Ce sont deux histoires de rencontre du Christ, et je crois que cela nous intéresse au plus haut point comme chrétiens !

 

Parce qu’être chrétien, c’est avant tout faire la rencontre du Christ dans sa vie et vivre de sa présence chaque jour de notre existence. C’est laisser Dieu faire sa demeure en nous. C’est dire au Christ : ma vie c’est ta vie ! Chez moi, tu es chez toi ! Cela veut dire qu’être chrétien, ce n’est pas de tout repos, ce n’est pas quelques heures par semaine ou quelques jours par an. Non, être chrétien, c’est faire place à Dieu dans sa vie, et ça, je crois, ça vous change une vie ! Faire place à Dieu dans sa vie, ça vous change aussi ce que vous comprenez de Dieu. Faire place à Dieu dans sa vie, cela change donc notre regard sur Dieu, sur les autres et sans aucun doute aussi sur soi ! C’est sûr que Dieu attend beaucoup de nous ! Être chrétien, ce n’est pas dire « Seigneur, Seigneur ! », ce n’est pas non plus savoir par cœur son catéchisme, ce n’est pas non plus courir à la messe le dimanche sous prétexte que ce serait obligatoire.

 

Être proche de Dieu rend proche des autres, alors être chrétien, cela concerne aussi notre rapport aux autres, et particulièrement tous ceux auxquels le Christ s’est identifié : les pauvres, les prisonniers, les malades, etc. Être chrétien, c’est vivre notre rapport aux autres en accord avec cette parole de Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, c’est le Christ qui vit en moi ! » Si nous regardons notre vie avec honnêteté, on se dit sans doute qu’il y a du chemin à parcourir encore.

 

Nous savons bien tous les lieux de notre vie où notre regard devrait bien se laisser quelque peu convertir, peut-être même radicalement convertir. Cela va de notre regard sur le monde et la société en général, à notre regard sur nos proches : une fille qui ne fait pas baptiser ses enfants, un petit-fils qui vit une relation sans avoir l’intention de se marier, des enfants qui ne pratiquent plus, une petite fille qui divorce… Quel regard portons-nous chacun sur toutes ces situations ?



 

Venons-en aux deux histoires de chemin que j’annonçais. Il s’agit du chemin bouleversant que font deux grands bons-hommes du Nouveau Testament au lendemain de la résurrection. J’aime beaucoup ces deux épisodes des Actes des Apôtres où l’on peut toucher du doigt ce que la rencontre du Christ ressuscité peut changer dans une vie. L’un de ces épisodes concerne l’apôtre Pierre (Ac 10-11). L’autre concerne Paul (Ac 9). Ce sont deux épisodes de conversion. Ce sont comme deux paraboles pour nous aujourd’hui.

 

Mettons-nous en route d’abord avec Pierre sur le chemin qui va de Joppé à Césarée (Ac 10-11).

Tout commence par une vision. Pierre est sur la terrasse d’une maison, à Joppé, chez des amis. C’est l’heure de midi et il est en train de prier. Il est soudain pris d’extase. Il contemple le ciel ouvert, racontent les Actes des apôtres, et voilà qu’il en descend une sorte de grande nappe sur laquelle se trouve tout ce que contient d’animaux la création : des animaux qui volent, des animaux qui rampent et des animaux qui marchent sur leurs quatre pattes. « Allez, Pierre, lui dit une voix venue du ciel, tue et mange ! » « Jamais Seigneur, répond Pierre ! De ma vie je n’ai rien mangé d’impur ni d‘interdit ! C’est d’ailleurs dans la Loi et c’est toi qui l’as ordonné à Moïse ! » Et la voix reprend : « Ce que Dieu a rendu pur, toi, ne le rends pas impur. » Et la même chose se répète trois fois et Pierre ne comprend pas bien : comment cette voix de Dieu peut-elle lui demander de manger ce que la religion interdit par ailleurs au nom de Dieu ? Elle est étrange, cette vision, et Pierre est mal à l’aise, quand soudain arrivent des gens, qui frappent bruyamment à la porte de la maison : on vient le chercher pour l’amener chez Corneille, un craignant Dieu, un romain, un païen. Voilà maintenant qu’il s’agit d’aller dans la maison d’un impur, d’un étranger… alors que c’est un crime pour un juif religieux que d’avoir quelque contact que ce soit avec un étranger ! Pierre comprend de moins en moins ! Jusqu’à ce que l’Esprit Saint lui dise : « Ne t’inquiète pas, Pierre, va avec eux, ne te fais pas de scrupule, c’est moi qui t’envoie ces gens qui te font venir chez eux… »

Et Pierre les suit, quittant Joppé pour se rendre à Césarée. Imaginez la perplexité de Pierre tout au long du chemin… Cette voix venue du ciel lui changeait la religion ! Il allait devoir faire des choses contre la loi de Dieu !

C’est quand il arrive chez Corneille, qu’il comprend soudain comme dans une illumination le sens de tous ces événements. Il fait le lien entre ce songe des animaux impurs qu’il lui fallait manger et cette visite à des païens impurs. Il déclare alors à l’assemblée :

 

"Dieu vient de me faire comprendre
qu’il ne fallait déclarer immonde ou impur aucun homme."

 


C’est un tremblement de terre pour Pierre enfermé dans ses préjugés et ses certitudes ; et cela devrait l’être pour nous qui savons tellement bien coller des étiquettes sur le visage des gens, sur la vie des gens. Il faudrait s’arrêter un instant pour regarder, chacun dans sa vie, comment nous regardons les autres, différents, étrangers, d’un milieu social différent, d’une autre religion, les personnes homosexuelles, divorcées, droguées, les hommes, les femmes ; comment nous regardons les jeunes, ou les vieux, ou l’être humain quand il est fœtus ; ceux qui ont du travail et ceux qui n’en ont pas, ceux qui sont malades et ceux qui sont handicapés et ceux qui sont en bonne santé… Il serait sans doute aussi urgent, sur un autre plan, de nous poser la question de notre regard sur le monde du vivant en général : les animaux, les plantes, les forêts, l’eau, la terre, la mer, l’air…

Or cette expérience de Pierre, c’est un fruit de la résurrection. La révélation de Jésus vivant, ça vous change la vie d’un homme. Cela vous fait voir Dieu autrement. La résurrection, cela vous change la religion et ça change nos regards les uns sur les autres. Pierre découvre avec un émerveillement déconcertant que Dieu ne fait pas acception de personnes. Jusque-là, c’était une évidence pour lui qu’il lui fallait annoncer l’évangile au peuple juif, et se tenir à l’écart de qui ne l’était pas. Et voilà que les questions de liberté, de joie, de vie, d’amour de Dieu, cela concerne aussi les païens, ces gens impurs et répugnants !

Pierre passe alors immédiatement des paroles aux actes : il baptise ces femmes et ces hommes sur lesquels d’ailleurs le Saint Esprit vient de descendre. Un monde nouveau est en train de naître. Le regard de Pierre a changé. Et ces gens eux-mêmes cessent de se regarder eux-mêmes comme impurs. C’est tout un système religieux bien cohérent qui s’effondre. Voilà que tous sont aimés de Dieu ! Les lois de pureté et autres étiquettes qui régissent le monde volent en éclats. L’Évangile dont nous vivons, c’est cela. On en est malheureusement loin : les étiquettes, les classifications de gens bien et de gens moins bien, les listes de gens fréquentables et de gens non fréquentables, on a vite fait de les réinventer sans cesse. Pas seulement dans la société civile d’ailleurs, mais y compris malheureusement dans nos églises.

 


Il en est un autre qui fait un chemin semblable, c’est l’apôtre Paul, sur la route de Jérusalem à Damas (Ac 9, 1-19). Ce passage est connu, avec l’évocation si pittoresque de la conversion de Paul. Là encore on voit ce que Jésus vivant provoque dans une existence ! Cela vous retourne un homme comme une crêpe. Pas étonnant que beaucoup d’artistes aient mis en scène un Paul qui tombe de son cheval ! Il y a quelque chose de renversant à ce moment-là dans la vie de Paul.

Paul est donc en route. Au moins physiquement, parce qu’intérieurement, il est complètement immobilisé dans ses préjugés et ses a priori sur les chrétiens ! Le chemin va de Jérusalem à Damas. Et Paul a bien l’intention de revenir à Jérusalem. Mais la rencontre du Christ ne nous permet jamais de revenir à nos points de départ. Et Paul va en faire l’expérience. Tout est bien prévu dans ce voyage, sauf que Dieu est le Dieu des imprévus. Une lumière venue du ciel va transformer le projet du persécuteur en une mission d’apôtre. C’est dans ses yeux qu’il est touché d’abord : c’est aveugle que Paul arrive chez Ananie, un ancien de la communauté chrétienne de Damas, qui lui impose les mains, le baptise et lui donne cette mission d’être témoin du Nom de Jésus. Et Paul retrouve la vue !

Paul, qui braquait le projecteur de l’inquisition sur les autres est maintenant placé en pleine lumière. Aveuglé, au sens propre du terme. « Saul, pourquoi me persécutes-tu ? » « Qui es-tu, Seigneur ? » « Je suis Jésus, que tu persécutes. » On entend comme l’écho de l’évangile : « Ce que vous avez fait à l’un de ces petits, c’est à moi que vous l’avez fait. »

Et Paul reçoit l’ordre de se relever : il était tombé ; il se relève. En grec, c’est le verbe de la résurrection. Et il retrouve la vue. Ce n’est pas simplement qu’il ne voyait plus et que maintenant il voit. C’est son regard qui a changé. Paul ne verra plus comme un persécuteur. Son regard sur les autres a changé. Sans doute aussi sur lui-même. Et assurément sur Dieu.

 

Mais une conversion peut en cacher une autre ! Si Paul est converti, Ananie lui aussi fait une expérience renversante. C’est un bon chrétien, Ananie, et il doit pourtant se convertir encore. Lui aussi doit changer son regard. À ses yeux, Paul est encore l’adversaire, le méchant, le persécuteur dont il faut se méfier. C’est dur de changer son regard sur les autres ; le Seigneur a beau lui dire : « Va voir ce Paul à tel endroit », Ananie se raccroche désespérément à une autre voix, la voix des « on dit », des rumeurs, des « il paraît que… ». « J’ai entendu parler de cet homme, dit-il, et pas en bien ». La voix de Dieu contre celle des hommes. Ananie croit savoir… L’ignorance est sans doute un péché, chaque fois que cela conduit à la peur de l’autre, au rejet de l’autre, à tous ces maux de nos sociétés que sont le racisme, le sexisme, l’homophobie, l’intégrisme, la xénophobie, les exclusions en tout genre.

 

Ces deux expériences que vivent Paul et Ananie bouleversent leurs repères et tout ce qu’ils croyaient bon, juste, vrai jusqu’à présent. Voilà qu’est remis en question, et de façon violente, tout un monde bien huilé d’habitudes et de certitudes ! Le regard d’Ananie est aveuglé par la peur : peur de Paul d’abord, mais aussi peur des autres, peur du « qu’en dira-t-on » si on sait que lui, le bon chrétien Ananie, fréquente ce persécuteur de chrétiens qu’est Paul… Tellement souvent la peur du regard des autres nous aveugle ! Et nos regards sur les autres sont tellement souvent conditionnés par la pression du groupe auquel on appartient et qui a ses règles, ses évidences, ses certitudes bien enracinées, ses vérités immuables. Alors c’est sûr qu’il apparaît comme un danger et fait peur, celui qui est l’empêcheur de tourner en rond ; celui qui pose question, qui remet en question. Les marginaux font peur, peu importe à la marge de quoi ils sont, d’ailleurs. L’urgence, pour « ceux du centre », pour soi donc souvent, au nom de la paix des chaumières, c’est de mettre au pas ceux qui marchent sur un autre chemin, ceux qui marchent d’un autre pas, voire dans une autre direction. C’est le fantasme rassurant de la meilleure façon de marcher, de vivre, d’aimer, de croire… Ils sont déviants, les chrétiens, pour Saul et les grands prêtres du Temple, et il faut donc les remettre en place ! Il est déviant, Paul, aux yeux d’Ananie, et il faut éviter de l’approcher.

 

Et tout cela est dynamité en quelques versets bibliques : l’Évangile nous oblige à mettre fin à nos besoins d’exclure. Comment se fait-il donc que nos sociétés excluent si facilement ? Comment se fait-il surtout que nos communautés d’Église continuent d’exclure si facilement ?





Se laisser évangéliser, c’est changer nos regards portés mutuellement les uns sur les autres. Nous avons tous à y gagner. Il y a souvent des écailles sur nos yeux, qu’il faut laisser tomber ! Celui qui nous y invite est celui qui se désigne comme le Chemin, la Vérité et la Vie. Si nous sommes de ses disciples, alors il faut accepter de se mettre en chemin sans cesse, pour sans cesse aller plus avant dans la vérité de l’autre, de Dieu, de soi. Ne pas le faire est un choix qui conduit à la mort. S’y lancer, même timidement, fait jaillir la vie : la résurrection, encore et toujours !

 

La résurrection de Jésus crucifié est le cœur de notre foi : expérience de nouveauté, de vie, de dynamisme, d’ouverture, d’éclatement des vieilles outres, de pierre roulée sur le côté. Croire au Dieu vivant, c’est tout sauf s’enfermer dans les schémas tout faits qui risquent d’étouffer l’essentiel ! Pierre comme Paul étaient tous deux certains d’être sur le bon chemin, dans le bon système et qu’ils pouvaient à bon droit distribuer des points de bonne conduite à certains et des blâmes à d’autres. Ils étaient l’un et l’autre sûrs de militer pour la bonne cause, jusqu’au moment où tout fut remis en question ! Et voilà qu’ils sont conduits à vivre une ouverture inimaginable jusque-là. Inimaginable, c’est cela le mot. Il faut oser porter sur les autres un regard inimaginable jusque-là !

 

Ce regard inimaginable, c’est le regard attendu des baptisé(e)s. C’est là notre identité première, notre identité de chrétiens.

À trop m’enfermer dans mon identité de catholique, est-ce que je ne risque pas de regarder comme néant ceux qui appartiennent à une autre confession, ou une autre religion.

 À trop m’enfermer dans ce que je pense être la seule façon de vivre, d’aimer, de prier, de fonder une famille, est-ce que je ne risque pas d’exclure tout ce qui n’y correspond pas et tous ceux et celles qui vivent autrement ou ne partagent pas les mêmes valeurs ?

Je risque de me croire supérieur et seul dans la vérité… L’appartenance au Christ ne peut pas être un repli étriqué sur des structures qui tournent bien ou des valeurs figées à jamais ; le Corps du Christ est une communion de frères et de sœurs sur qui la seule étiquette que je puisse mettre, c’est que chacun est, comme dit Paul, un frère, une sœur pour qui le Christ a donné sa vie. N’est-ce pas là ce qui doit changer mon regard ?

 

Le chrétien, quand il est bien situé, c’est un homme qui a les pieds sur terre et la tête dans le ciel. Les pieds sur terre, cela sert à donner de grands coups dans toutes les fausses images de Dieu que l’on peut se faire de lui ici bas. La tête dans le ciel, cela sert à regarder autrement les hommes et les femmes de notre monde. Autrement ? C’est-à-dire avec le regard de Dieu. Le regard de Dieu au matin de Pâques, quand surgit la vie plus forte que la mort. Le regard de Dieu dans les yeux du Ressuscité.

 

Fr. Jean-Luc Marie Foerster, op

 

 

Par Mathieu
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Vendredi 1 mai 2009

Comment peut-on être à la fois homosexuel et chrétien dans une Église traditionnellement homophobe ? 

 

Ok, la question est un brin provocatrice. Elle l'est d'autant plus qu'elle est posée par "David & Jonathan", le mouvement homosexuel chrétien. C'est sous le même titre qu'est paru un recueil de témoignages (éditions de l’Harmattan) récoltés par l'association. Ni secte, ni gay church, ce mouvement sur la ligne de crête entre Église et groupements gays invite à la réflexion commune et à la réconciliation entre sa spiritualité et sa sexualité. Il réaffirme ici ce qui fait le credo de sa charte "la sexualité est un don de Dieu. Libre à chacun(e) d’en faire une force de vie et d’amour". 


Le livre pose la question chère à ses membres : comment peut-on être à la fois homosexuel et chrétien dans une Église traditionnellement homophobe ? 

Sans écran falsificateur, elle jaillit du cœur même des intéressé(e)s sous une forme inédite : une centaine de témoignages de tous horizons, toutes générations confondues. 


Une pluralité de voix, un message unique : "Oui la route est dure, mais il y en a une ! Notre singularité même est notre chemin de spiritualité. Le monde et les Églises ont besoin de notre parole particulière. Notre expérience éclaire d’un jour nouveau la sexualite humaine et son rapport au divin." 


Ce livre concerne tout un chacun, croyant ou non, dans son histoire intime. Il va aider tous ceux qui sont encore en souffrance à progresser sur le chemin de la paix. 


Par Mathieu
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Lundi 27 avril 2009

"L’homosexualité est un péché. Les homosexuels sont condamnés à passer l’éternité en enfer. S’ils veulent changer ils peuvent être guéris de leur mauvais penchant. S’ils se détournent de la tentation, ils pourront être normaux à nouveau. Si seulement ils pouvaient essayer et essayer encore si ça ne fonctionne pas."


 

"Ce sont les paroles que j’ai tenues à mon fils Bobby quand j’ai découvert qu’il était gay. Quand il m’a dit qu’il était homosexuel, mon monde s’est écroulé. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour le guérir de sa maladie.


 

Il y a huit mois, mon fils a sauté d’un pont et s’est tué. Je regrette profondément mon manque de connaissance des personnes gays et lesbiennes. J’ai vu que tout ce que j’avais appris ou entendu n’était que bigoterie et diffamation déshumanisantes. Si j’avais cherché au delà de ce qu’on m’avait dit, si j’avais juste écouté mon fils quand il m’a ouvert son cœur, je ne serais pas là devant vous aujourd’hui pleine de regrets.

Je crois que Dieu aimait l’esprit bon et aimant de Bobby. Au regard de Dieu, la bonté et l’amour sont tout ce qui compte. Je ne savais pas que chaque fois que je renvoyais à la damnation éternelle les personnes homosexuelles, chaque fois que je parlais de Bobby comme d’une personne malade et perverse, ainsi qu’un danger pour nos enfants, son estime de soi et son sens des valeurs étaient détruits peu à peu. À la fin, son esprit a été broyé au delà de tout espoir.

Ce n’était pas la volonté de Dieu que Bobby monte sur le parapet du pont au-dessus d’une route et qu’il se jette directement sous les roues d’un camion qui l’a tué instantanément. La mort de Bobby fut le résultat direct de l’ignorance et de la peur de ses parents pour le mot ‘gay’.


 

Il voulait être écrivain. Ses espoirs et ses rêves n’auraient pas du lui être enlevés, mais ils le furent. Il y a d’autres enfants comme Bobby assis dans vos congrégations.

Vous ne les connaissez pas, mais ils vous entendent répéter ‘Amen’, et cela fera taire leurs prières. Leurs prières vers Dieu pour la compréhension et la tolérance et pour votre amour. Mais la haine, la peur et l’ignorance du mot ‘gay’ vont faire taire ces prières.

Donc la prochaine fois que vous direz ‘Amen’ chez vous ou à l’église, réfléchissez. Réfléchissez et rappelez-vous qu’un enfant écoute."

(Mary Griffith, membre des parents de gays et lesbiennes, dont l’histoire est adaptée sous le titre Bobby seul contre tous "Prayers For Bobby" avec Sigourney Weaver dans le rôle de Mary)

Par Mathieu
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Dimanche 18 janvier 2009
La 2° lecture de la liturgie de ce jour nous propose ce passage de la Parole de Dieu :
 

"Frères, notre corps n'est pas fait pour l'impureté mais pour le Seigneur Jésus, et le Seigneur est pour le corps. Et Dieu qui a ressuscité le Seigneur, nous ressuscitera aussi, par sa puissance. Ne le savez-vous pas que vos corps sont des membres du Christ ? Celui qui s'unit au Seigneur n'est plus qu'un seul esprit avec lui. Fuyez l'impureté. Tous les péchés que l'homme peut commettre sont extérieurs à son corps ; mais l'impureté est un péché contre le corps lui-même.

Ne le savez-vous pas ? Votre corps est le temple de l'Esprit Saint, qui est en vous et que vous avez reçu de Dieu ; vous ne vous appartenez plus à vous-mêmes, car le Seigneur vous a racheté très cher. Rendez gloire à Dieu dans votre corps." (1 Co 6, 13b-15a.17-20) 

 RENDEZ GLOIRE A DIEU DANS VOTRE CORPS !

Ce passage de St Paul aux Corinthiens me plaît bien car il induit une notion de liturgie des corps et des coeurs, sacrement de communion, célébration de la Présence et de la Gloire de Dieu.

Une des définitions de La liturgie c'est d'être la célébration "sur la terre" d'une réalité "du ciel", d'une présence invisible.
 

Au même titre que l'union d'un homme et d'une femme dont l'union ne serait pas féconde, pour deux personnes homos qui s'aiment, la liturgie des coeurs et des corps est source et jaillissement de vie, de charité et de communion non seulement mutuelle mais aussi et surtout envers ceux qui les entourent au quotidien, collègues de boulot, famille, amis, enfants, etc ...
 

(Il me semble regrettable cependant qu'au niveau relationnel dans le milieu écclésial, lieux d' engagements paroissiaux, là où il devrait y avoir amour et charité, l'accueil et la miséricorde fassent plutôt cruellement défaut...)
 

Cette liturgie des coeurs et des corps, ne pourrait-elle pas être aussi entourée, explicitée et en même temps sanctifiée par un sacrement, un sacrement de communion, pour tous ceux que l'Eglise prive des grâces du mariage ?
 

 

 

 

Dans l'union du mariage, entre un homme et une femme, cette "liturgie" est celle du don précieux de la vie qui rend l'union féconde source de jaillissement de la vie. Pour un couple homo, cette fécondité peut se vivre à différents niveaux :

"Toute relation d’amour est une ouverture à l’autre et porte ses fruits. Si l’altérité la plus visible se vit dans la relation hétérosexuelle, elle n’est pas le seul chemin. Sinon quelle altérité pourraient bien développer des religieux, surtout moines et moniales, qui se retrouvent regroupés dans un espace fermé avec des êtres de même sexe ? Bien sûr, la relation privilégiée avec l’Autre fait dépasser celle du couple pour ouvrir sur l’universel. Mais toutes les relations, amoureuses comme amicales, qui se vivent dans le respect et la durée sont des croissances dans l’altérité et des actes de foi dans la vie. D’ailleurs la vie est remplie d’appel à l’altérité : familiale, amicales, professionnelle, ethnique, culturelle, religieuse, générationnelle. Les relations homosexuelles sont donc aussi porteuses d’altérité. Ne seraient-elles pas de ce fait un signe sensible de l’Amour de Dieu ? 

Pourquoi ne s’en tenir qu’à la procréation biologique comme critère de fécondité, d’épanouissement ou de serviabilité sociale ? Ne dit-on pas des prêtres et des religieux qu’ils ont une fécondité spirituelle ? Même extension pour le mariage… « Il ne peut en effet y avoir de stérilité dans le mariage chrétien, appelé à se faire service d’amour à tous les petits, les pauvres et les marginaux. Les époux seront « père » et « mère », qu’ils aient des enfants ou non (sic) ; ils sauront se montrer disponibles au service de l’Église et de la société. » Alors pourquoi exclure les homosexuels de l’amour de couple avec l’argument de la fécondité ? Ils sont féconds ou créatifs autrement, c’est tout. Ils sont très présents et « en service » dans l’Église et la société."
(Gérard Laverdure, Coordonnateur de la pastorale Pour Saint-Pierre-Apôtre Novembre 2003) 



De Michel Bourgault, 11 janvier 2007 :

"Mettre au monde des enfants est l’une des voies pour vivre la fécondité. C’est la première raison d’être de la sexualité. Toutefois, parce qu’on est humain, et non animal, la sexualité comporte une autre dimension, aussi fondamentale, c’est le fait que les humains sont des êtres de relations. En cela, ils sont semblables au Créateur autant que par la fécondité sexuelle. 

Le travail, l’engagement communautaire, l’accueil des pauvres et des malades, le soutien mutuel dans la vie de couple, la pastorale, le souci de la planète, l’adoption, la création artistique, la recherche scientifique, constituent autant de voies pour créer, donner et servir ses semblables. Être fécond dans le don de soi à l’autre, c’est aussi tout cela. Mais personne ne réalisera dans sa vie toutes ces manières de créer et de donner la vie.

Les homosexuels qui ont choisi de vivre en couple peuvent se soutenir, s’entraider, s’encourager dans la réalisation de projets communs ou du projet de l’un ou l’autre conjoint. Par leur amour, leur attachement et leur engagement dans une cellule familiale, un groupe d’amis et d’autres communautés, ils apporteront leur contribution à la société où l’être humain sera respecté et reconnu dans son intégralité."

(Michel Bourgault, La bonne Parole de Jésus Christ et l'homosexualité, les chroniques Bourgo)



Finalement, la 1° lettre aux Corinthiens que nous lisions au début me pousse à accepter l'invitation que le Seigneur fait à la Jérusalem d'après l'exil, l'épouse retrouvée, invitation qu'Il me lance à moi aussi :

 

 

"Pousse des acclamations,

toi, stérile, qui n’enfantais plus,

explose en acclamations et vibre,

toi qui ne mettais plus au monde ;

car les voici en foule, les fils de la désolée,

plus nombreux que les fils de l’épousée, dit le Seigneur.

Élargis l’espace de ta tente,

les toiles de tes demeures, qu’on les distende !

Ne ménage rien ! Allonge tes cordages

et tes piquets, fais-les tenir,

car à droite et à gauche tu vas déborder :

ta descendance héritera des nations

qui peupleront les villes désolées.

Ne crains pas car tu n’éprouveras plus de honte,

ne te sens plus outragée, car tu n’auras plus à rougir,

tu oublieras la honte de ton adolescence,

la risée sur ton veuvage, tu ne t’en souviendras plus.

Car celui qui t’a faite, c’est ton époux :

le Seigneur, le tout-puissant, c’est son nom ;

le Saint d’Israël, c’est celui qui te rachète,

il s’appelle le Dieu de toute la terre.

Car, telle une femme abandonnée

et dont l’esprit est accablé,

le Seigneur t’a rappelée :

“La femme des jeunes années,

vraiment sera-t-elle rejetée ?ˮ a dit Dieu.

Un bref instant, je t’avais abandonnée,

mais sans relâche, avec tendresse,

je vais te rassembler.

Dans un débordement d’irritation, j’avais caché

mon visage, un instant, loin de toi,

mais avec une amitié sans fin je te manifeste ma tendresse,

dit celui qui te rachète, le Seigneur."

(Is 54, 1-8)

 

Par Mathieu
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